Cybercinétose, fatigue visuelle, lumière bleue et sécurité : comprendre les effets de la réalité virtuelle sur la santé à travers les études scientifiques et les recommandations de l’ANSES.
La relation entre réalité virtuelle et santé fait aujourd’hui l’objet de nombreuses recherches scientifiques. Les risques de la réalité virtuelle concernent notamment le confort visuel, la cybercinétose et certaines réactions sensorielles. Comprendre les enjeux de la réalité virtuelle et de la santé permet aux utilisateurs comme aux professionnels de mieux adapter leurs pratiques.
La réalité virtuelle (VR) et la réalité augmentée (AR) transforment notre manière de découvrir, d’apprendre et d’interagir avec les environnements numériques. De la formation professionnelle à la médecine, en passant par les musées, les simulations et les expériences immersives, ces technologies ouvrent de nouvelles possibilités.
Mais leur utilisation soulève également une question essentielle : quels sont les effets de la réalité virtuelle sur notre santé ?
En juin 2021, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a publié une expertise consacrée aux risques sanitaires associés à ces technologies. Depuis, d’autres recherches scientifiques ont permis d’approfondir certaines connaissances, notamment concernant la cybercinétose et les usages chez les enfants.
Voici ce que nous savons aujourd’hui et les précautions à adopter pour profiter des expériences immersives dans de bonnes conditions.
Réalité virtuelle et santé : quels sont les principaux risques ?
La réalité virtuelle plonge l’utilisateur dans un environnement numérique qui peut donner une impression particulièrement convaincante de présence et de mouvement.
Contrairement à la réalité augmentée, qui superpose des éléments numériques au monde réel, la VR immersive modifie profondément les repères visuels habituels.
Cette particularité peut entraîner des réactions physiologiques temporaires, principalement liées au fonctionnement du système visuel, de l’oreille interne et de l’équilibre.
Selon l’ANSES, les principaux effets identifiés concernent la cybercinétose, certaines perturbations sensorimotrices et les effets de la lumière émise par les écrans.
Cybercinétose : pourquoi la réalité virtuelle peut provoquer des nausées
La cybercinétose, également appelée cybersickness, est l’un des effets indésirables les mieux documentés de la réalité virtuelle immersive.
Elle peut apparaître lorsque les informations transmises par les yeux ne correspondent pas à celles perçues par le système vestibulaire, responsable notamment de l’équilibre.
Par exemple, lorsqu’un utilisateur se déplace rapidement dans un environnement virtuel alors que son corps reste immobile, son cerveau reçoit des informations sensorielles contradictoires.
Cette situation peut provoquer plusieurs symptômes :
- Nausées ou sensation de mal des transports.
- Vertiges et désorientation.
- Maux de tête.
- Transpiration ou sensation d’inconfort.
- Fatigue et difficultés temporaires à retrouver ses repères.
Ces réactions varient considérablement selon les personnes, les contenus et les conditions d’utilisation.
Une revue systématique publiée dans la revue Neurología analyse les effets indésirables associés à la cybercinétose et souligne l’importance de mieux comprendre ce phénomène.
Troubles de l’équilibre et effets après une expérience VR
Les effets de la réalité virtuelle ne s’arrêtent pas nécessairement au moment où l’utilisateur retire son casque.
Certaines personnes peuvent ressentir temporairement une diminution de leur stabilité, une désorientation ou une modification de la coordination de leurs mouvements.
L’ANSES indique que les capacités sensorielles, motrices et perceptives peuvent être momentanément perturbées après une exposition immersive.
C’est pourquoi l’Agence recommande une période de repos d’une à deux heures après l’utilisation, notamment avant de pratiquer des activités nécessitant une bonne coordination ou une vigilance soutenue.
Cela ne signifie pas que chaque séance provoque des troubles durables. Cette recommandation vise avant tout à prévenir les accidents et à permettre à l’organisme de retrouver ses repères habituels.
Casques VR et fatigue visuelle : que sait-on réellement ?
Lorsqu’on utilise un casque de réalité virtuelle, les yeux observent des écrans à travers un système optique qui crée l’illusion de profondeur.
Dans les expériences stéréoscopiques, le cerveau combine deux images légèrement différentes afin de percevoir le relief.
Cette technologie peut solliciter les mécanismes de convergence des yeux et d’accommodation visuelle, qui ne fonctionnent pas toujours comme lors de l’observation d’objets réels.
Les utilisateurs peuvent notamment ressentir une fatigue oculaire, un inconfort, une vision temporairement floue ou des maux de tête.
Ces symptômes peuvent être accentués par un mauvais réglage du casque, un espacement inadapté des lentilles, une correction visuelle insuffisante ou une exposition prolongée.
Pour améliorer le confort, il est conseillé d’ajuster correctement le casque, de respecter les recommandations du fabricant et d’interrompre l’expérience en cas d’inconfort.
Lumière bleue des casques VR : quels effets sur le sommeil et les yeux ?
Les écrans utilisés dans certains casques de réalité virtuelle émettent de la lumière visible, notamment dans les longueurs d’onde bleues.
En 2019, l’ANSES a publié une expertise consacrée aux effets sanitaires des éclairages à LED et de la lumière bleue.
Cette expertise distingue deux problématiques importantes : les effets potentiels d’une exposition excessive à certaines sources lumineuses sur la rétine et les perturbations des rythmes biologiques.
Lumière bleue et rythme circadien
Notre horloge biologique utilise notamment la lumière pour réguler le cycle veille-sommeil.
Une exposition lumineuse en soirée, particulièrement lorsqu’elle est riche en bleu, peut retarder certains signaux biologiques favorisant l’endormissement.
Dans le contexte de la réalité virtuelle, cela signifie qu’une session immersive tardive peut contribuer à perturber le sommeil, comme d’autres activités sur écran.
L’ANSES recommande donc de limiter l’exposition aux écrans dans les deux heures précédant le coucher, particulièrement chez les enfants et les adolescents.
La lumière bleue des casques VR présente-t-elle un danger pour la rétine ?
La question mérite une réponse nuancée.
Certaines sources lumineuses très intenses peuvent présenter un risque phototoxique pour la rétine. Cependant, ces résultats ne doivent pas être directement assimilés à une preuve de lésions rétiniennes provoquées par l’utilisation habituelle d’un casque VR.
La quantité de lumière reçue, sa composition spectrale, son intensité et la durée d’exposition sont des paramètres essentiels.
Les effets à long terme des expositions répétées aux écrans proches des yeux restent insuffisamment documentés.
Il convient donc de distinguer les risques établis pour certaines expositions lumineuses des risques spécifiquement démontrés pour les casques de réalité virtuelle.
Modulation lumineuse : migraines et épilepsie photosensible
Les écrans numériques peuvent présenter des variations rapides de luminosité, parfois imperceptibles pour l’utilisateur.
Ce phénomène, appelé modulation temporelle de la lumière, dépend des caractéristiques techniques de l’écran et de son fonctionnement.
L’expertise de l’ANSES de 2021 a notamment étudié les variations lumineuses émises par plusieurs dispositifs de réalité virtuelle.
Chez certaines personnes sensibles, les variations lumineuses peuvent contribuer à provoquer des maux de tête, un inconfort visuel ou des migraines.
Les effets visuels clignotants peuvent également représenter un risque pour certaines personnes présentant une épilepsie photosensible.
Ce risque dépend de plusieurs facteurs, notamment la fréquence des clignotements, leur intensité, les contrastes et la sensibilité individuelle.
En cas d’antécédents d’épilepsie photosensible ou de réaction à des stimuli visuels, un avis médical est recommandé avant l’utilisation de dispositifs immersifs.
Réalité virtuelle et enfants : faut-il être particulièrement vigilant ?
L’utilisation de la réalité virtuelle chez les enfants soulève des questions spécifiques concernant le développement visuel, sensoriel et cognitif.
En mars 2024, une revue systématique publiée dans l’European Journal of Pediatrics a analysé 26 études portant sur la sécurité de l’utilisation des casques VR chez les enfants de moins de 14 ans.
Les chercheurs ont constaté que les données disponibles sur les effets indésirables étaient encore limitées et souvent insuffisamment détaillées.
Les résultats ne démontrent pas que de courtes expositions supervisées entraînent systématiquement des effets graves. Ils ne permettent toutefois pas non plus de conclure à une absence de risques lors d’utilisations longues ou répétées.
Les auteurs soulignent la nécessité de poursuivre les recherches, notamment sur la cybercinétose et la sécurité des expositions répétées.
Pour les enfants, la prudence reste donc recommandée : respecter les limites d’âge des fabricants, assurer une surveillance adaptée et interrompre l’expérience au moindre inconfort.
Source : Bexson, Oldham et Wray, Safety of virtual reality use in children: a systematic review, 2024.
Comment concevoir une expérience VR plus confortable ?
La sécurité d’une expérience immersive dépend non seulement de l’utilisateur et du matériel employé, mais aussi de la manière dont le contenu est conçu et produit.
Dans la production de vidéos à 360° et d’expériences VR, plusieurs choix techniques influencent directement le confort visuel et l’orientation spatiale.
Pour découvrir comment ces principes s’appliquent à la création audiovisuelle immersive, explorez également notre documentaire VR BREATHE, une expérience narrative à 360°, ainsi que notre article consacré à Mistika VR et à la postproduction immersive. Ces projets illustrent différentes approches de la réalisation et de la postproduction en réalité virtuelle.
Stabilisation des images et gestion des mouvements
Les mouvements brusques de caméra, les rotations incontrôlées et les accélérations visuelles peuvent accentuer l’inconfort ressenti par certains utilisateurs.
Une stabilisation adaptée et une gestion attentive des mouvements contribuent à rendre l’expérience plus agréable.
Qualité des images et cohérence stéréoscopique
Une restitution visuelle fluide, une résolution adaptée au dispositif et une bonne cohérence entre les images destinées à chaque œil sont des éléments importants.
Dans les productions VR stéréoscopiques, une mauvaise gestion des disparités entre les deux vues peut augmenter la fatigue visuelle.
Durée et rythme de l’expérience
L’organisation du contenu peut également faciliter l’immersion.
Des transitions progressives, des mouvements de caméra maîtrisés et la possibilité de faire des pauses sont particulièrement utiles pour les personnes peu habituées à la réalité virtuelle.
Chez Visual Solutions 360, ces considérations font partie de notre approche de la production immersive, qu’il s’agisse de vidéos 360°, de documentaires VR, de visites virtuelles ou d’expériences destinées à des casques autonomes.
L’objectif est de trouver un équilibre entre immersion, qualité visuelle et confort de visionnage.
Six précautions pour utiliser la réalité virtuelle en toute sécurité
Sur la base des recommandations de l’ANSES et des connaissances scientifiques disponibles, plusieurs bonnes pratiques peuvent être retenues.
- Arrêter immédiatement en cas de symptômes. Nausées, vertiges, sueurs, désorientation ou fatigue visuelle sont des signaux à prendre en compte.
- Prévoir une période de récupération. L’ANSES recommande un repos d’une à deux heures après une exposition immersive avant certaines activités nécessitant vigilance et coordination.
- Limiter l’utilisation des écrans avant le coucher. Éviter autant que possible leur utilisation dans les deux heures précédant le sommeil, particulièrement chez les plus jeunes.
- Prendre en compte les sensibilités individuelles. Les personnes sujettes au mal des transports, aux migraines, à certains troubles de l’équilibre ou présentant des antécédents d’épilepsie doivent faire preuve de prudence. Certaines situations, notamment la grossesse ou des pathologies particulières, justifient également un avis médical préalable.
- Adapter l’environnement physique. Dégager l’espace autour de l’utilisateur, éviter les obstacles et prévoir une surveillance lorsque l’expérience le nécessite.
- Choisir des contenus et des équipements adaptés. Un casque correctement réglé, des images stables et des sessions de durée raisonnable favorisent une utilisation plus confortable.
Ces recommandations ne remplacent pas un avis médical individualisé.
Quels sont les risques à long terme de la réalité virtuelle ?
Malgré les progrès réalisés dans l’étude des technologies immersives, plusieurs questions scientifiques restent ouvertes.
Les effets à long terme d’expositions fréquentes ou prolongées ne sont pas encore suffisamment caractérisés, en particulier chez les enfants et les adolescents.
Des recherches complémentaires restent nécessaires pour mieux comprendre les conséquences potentielles sur le développement visuel, les adaptations sensorimotrices, le bien-être psychologique et certaines utilisations professionnelles intensives.
Il est important de rappeler qu’une absence de données suffisantes ne constitue ni une preuve de danger ni une preuve d’innocuité absolue.
La recherche scientifique doit également tenir compte de l’évolution rapide des casques, des technologies d’affichage et des méthodes de production.
Conclusion : une réalité virtuelle responsable et accessible
La réalité virtuelle offre de nombreuses possibilités dans la culture, l’éducation, la formation professionnelle, la santé et la création audiovisuelle.
Les connaissances scientifiques actuelles permettent d’identifier certains effets indésirables, principalement transitoires, tout en soulignant les incertitudes qui subsistent concernant les expositions répétées et les conséquences à long terme.
La prévention passe à la fois par une utilisation adaptée, le respect des recommandations sanitaires et une conception attentive des expériences immersives.
Pour les professionnels de la production VR et vidéo 360°, le confort de l’utilisateur doit être intégré dès la préparation du tournage et tout au long de la postproduction.
C’est dans cet esprit que Visual Solutions 360 développe son approche des contenus immersifs : associer création visuelle, maîtrise technique et attention portée à l’expérience du spectateur.
Sources scientifiques et documentation
- ANSES — Réalité virtuelle, réalité augmentée : quels risques ? Quelles bonnes pratiques adopter ? (24 juin 2021)
- ANSES — Rapport d’expertise sur les effets sanitaires liés à la réalité virtuelle et augmentée (2021)
- ANSES — LED et lumière bleue : expertise sanitaire (2019)
- INRS — Expositions aux technologies de réalité virtuelle et/ou augmentée (2021)
- Bexson et al. — Safety of virtual reality use in children: a systematic review (2024)
- Simón-Vicente et al. — Cybersickness: A systematic literature review of adverse effects related to virtual reality (2024)
